Le revenu de base inconditionnel

16ème séance - 15 novembre 2013

Le revenu de base inconditionnel : une société d'hommes libres ou de profiteurs désœuvrés ?

Animé par Matthieu Ruf, journaliste.

La séance

En Suisse, la population votera d'ici quelques années sur le Revenu de base inconditionnel (RBI) : une initiative populaire demandant son instauration et signée par 125'000 personnes a été déposée en octobre 2013.

Le principe : le RBI doit « permettre à l'ensemble de la population de mener une existence digne et de participer à la vie publique ». Dans les faits, le comité d'initiative propose un revenu mensuel sans conditions de 2500 francs suisses (2000 euros) pour les adultes et de 625 francs (500 euros) pour les enfants. Ceux qui le souhaitent pourraient alors travailler pour gagner plus d'argent. Le coût de ce type inédit d' « aide sociale » s'élèverait à 200 milliards de francs par an, soit un tiers du PIB de la Suisse.

D'emblée, les critiques ont fusé : comment financer cette allocation ? Qui effectuerait les tâches nécessaires à la société mais peu gratifiantes ? N'est-ce pas une incitation à ne rien faire, donc un grand danger pour la bonne marche d'un pays ? Comment éviter l'instauration d'une société totalement inégalitaire, du type monarchie du Golfe, entre citoyens disposant du RBI et immigrés condamnés aux métiers ingrats ?

A droite, le RBI est accusé de créer « une mentalité d'assistés » ; à gauche, d'être « une roue de secours du capitalisme » en permettant au patronat de considérer les salaires non plus comme un moyen de subsistance, mais comme un supplément. Or l'idée d'un revenu universel, très ancienne, a séduit, en France comme ailleurs, des penseurs tant socialistes que libéraux.

Au-delà des questions pratiques de mise en œuvre, le concept du RBI remet en question une série de valeurs placées au centre de nos sociétés. Pourquoi le revenu devrait-il nécessairement dépendre de l'emploi ? La valeur « travail » (menacée par le RBI, selon ses opposants) existe-t-elle ? La dignité considérée comme un but du libéralisme politique est-elle 1) la possibilité pour l'individu d'être libéré de l'obligation d'assurer sa survie, afin de pouvoir vivre sa vie tel qu'il l'entend, ou 2) au contraire, précisément la capacité d'assurer seul sa subsistance, sans compter sur la collectivité ? Il s'agit aussi d'une question morale : est-il acceptable que des membres de la communauté reçoivent un revenu sans que rien ne leur soit demandé en échange ? Or la répartition actuelle des revenus et de la fortune est-elle vraiment plus méritocratique ?

L'exposé présentera brièvement le concept du revenu de base inconditionnel ainsi que ses implications politiques et philosophiques, avant de faire place au débat entre les participants.

N.B. Il n'y a pas de salaire minimum en Suisse, mais des conventions sectorielles. Certains cantons (Etats confédérés) sont en train d'instaurer un salaire minimum sur leur territoire, à un montant non encore fixé. Les syndicats réclament 4000 francs bruts par mois (3200 euros). Ces chiffres élevés sont à mettre en regard du coût également élevé de la vie en Suisse (transports, services, assurances).

L'intervenant

Matthieu Ruf est journaliste et vit à Lausanne (Suisse). Il a travaillé pendant trois ans à la rubrique économique du magazine d'informations « L'Hebdo » (www.hebdo.ch), avant de partir six mois en Amérique du Sud en tant qu'indépendant (www.mou.ch/matthieu).