En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté

19ème séance – 27 février 2014

En finir avec les idées reçues sur les pauvres et la pauvreté

Animé par Bruno Tardieu, délégué national de l'association ATD Quart Monde

La séance

Plus la crise économique et sociale s'accentue, plus les idées reçues sur les pauvres se répandent. Plus cette crise est présentée comme une catastrophe naturelle, plus ils sont convoqués au tribunal de l'opinion publique : s'ils sont pauvres, ce serait «de leur faute». «S'ils sont à la rue, c'est qu'ils l'ont choisi.» «S'ils font des enfants, c'est pour les allocations familiales.» «Ce sont des assistés qui coûtent cher à la société.» «D'ailleurs, s'ils voulaient vraiment chercher du travail, ils en trouveraient.» «De toute manière, on gagne plus au RSA qu'avec le SMIC.» «Ils perçoivent des allocations alors qu'ils élèvent mal leurs enfants.» Dans ce flot de discours, les étrangers sont particulièrement visés : «Ils peuvent profiter facilement des minima sociaux qu'ils ne perçoivent pas dans leur pays.»
Alors que l'on accuse les pauvres d'être des assistés et des fraudeurs, le montant des aides sociales non réclamées par ceux qui y ont droit s'élève à plus de 11 milliards d'euros par an. En prenant en compte la fraude aux prestations sociales, estimé à 4 milliards d’euros par an, l’Etat est donc gagnant de 7 milliards d’euros par an sur les prestations sociales !
« Les discours [stigmatisants sur la fraude sociale des particuliers] ont pour effet de culpabiliser les ayants droits, entraînant ainsi des non recours et donc des non dépenses », estime l’ODENORE[1], qui ajoute : « Mais quel est donc l’horizon recherché dès lors que les discours sur la fraude instillent l’idée que, si ces prestations ne relèvent pas d’un droit – parce qu’elles sont forcément soumises à des abus et des fraudes –, les prélèvements qui les financent ne peuvent etre considérés comme un devoir[2] ? »

[1] Observatoire Des Non Recours aux droits et services
[2] Voir ODENORE, L’envers de la « fraude sociale », op.cit.

L'intervenant

Bruno Tardieu est délégué national d’ATD Quart Monde.
  ATD Quart Monde est un mouvement qui a pour objectif l'éradication de l'extrême pauvreté et comme principe fondateur que ceux qui subissent cette situation doivent être les premiers acteurs de leur propre promotion. Il fait appel à l'engagement de chaque citoyen pour transformer les mentalités et poser des actes concrets de solidarité. Présent au début du xxie siècle dans une trentaine de pays au niveau de l'action et une centaine par le biais de correspondants, il travaille à la fois sur le terrain, au niveau national et international.